Synami-CFDT
http://synami-cfdt.fr/spip.php?article735
Missions locales : Les préconisations du...
samedi, 30 mars 2019

Missions locales : Les préconisations du rapport Igas "n’ont rien d’audacieux" (Jean-Michel Mourouvin, Synami CFDT)

Les préconisations du récent rapport Igas sur le partenariat entre Pôle emploi et les missions locales "n’ont rien d’audacieux", affirme Jean-Michel Mourouvin, secrétaire général du Synami CFDT. L’inspection "aurait pu proposer que tous les jeunes inscrits à Pôle emploi soient suivis par les missions locales. Ce serait tellement plus simple", commente-t-il, dans une interview à AEF info. Il regrette que le rapport ne porte que sur la délégation du PPAE soit "10 % des jeunes reçus en missions locales". Au sujet de l’obligation de formation jusqu’à 18 ans, prévue dans le plan pauvreté, Jean-Michel Mourouvin demande des moyens pour investir dans des "outils innovants". Il met en garde contre des "procédures de sanctions" alors que les missions locales sont construites sur "la libre adhésion" des jeunes

AEF info : L’Igas a publié un rapport sur le partenariat entre Pôle emploi et les missions locales. La mission propose, notamment, d’encourager financièrement les actions de rapprochement entre missions locales et Pôle emploi. Ou de mettre en place des GIP entre les deux structures. Comment réagissez-vous ?

Jean-Michel Mourouvin : Nous sommes, tout d’abord, surpris que ce rapport s’intéresse uniquement à la délégation du PPAE (projet personnalisé d’accès à l’emploi). Elle ne représente que 10 % des jeunes reçus en missions locales. Cela revient donc à étudier l’activité des missions locales par un petit bout de la lorgnette. Ce n’est pas en regardant une si faible proportion qu’on peut évaluer le partenariat avec Pôle emploi, ni en tirer des conclusions sur un rapprochement.

Nous regrettons également que l’Igas n’ait pas pris le temps d’auditionner les représentants des salariés. Cela témoigne d’une vision uniquement institutionnelle des missions locales, qui conclut donc qu’un rapprochement d’institutions conduirait à un meilleur accueil. Mais cela ne fonctionne pas ainsi. C’est par le travail de train, en partenariat avec nos collègues de Pôle emploi, que nous pourrons mieux accueillir cette partie des jeunes.

Nous ne sommes pas favorables aux recommandations proposées. Mettre en place des GIP de droit public impliquerait de modifier les statuts des deux côtés et les missions locales perdraient leur accès au programme de formation, qui fonctionne bien même s’il n’est pas parfait. On essaie de tordre le bras des missions locales, ce qui ne peut pas donner de collaboration positive et efficace. Dans ce GIP, Pôle emploi aurait une forme de hiérarchie sur les missions locales. Cela ne peut pas fonctionner car nous ne serions pas dans une relation équilibrée.

Au final, toutes ces préconisations n’ont rien d’audacieux. C’est décevant. L’Igas aurait pu proposer que tous les jeunes inscrits à Pôle emploi soient suivis par les missions locales. Ce serait tellement plus simple. Cette mission était une opportunité pour travailler sur les missions locales de demain. Nous proposons de réunir autour de la table tous ceux qui financent les missions locales et tous ceux qui y travaillent, au plus près des territoires. Cela permet de savoir ce que chacun attend d’une mission locale : une structure ne travaille pas pareil si elle a, par exemple, un taux d’alcoolisme de plus de 15 % chez les jeunes. Ce n’est pas qu’une question de financement, il faut aussi connaître le bassin, la jeunesse et les moyens de rendre les jeunes autonomes.

AEF info : Le gouvernement avait annoncé la possibilité d’expérimenter des fusions entre mission locale et Pôle emploi, dans les collectivités volontaires. Avez-vous eu connaissance de candidatures ?

Jean-Michel Mourouvin : Grâce à la mobilisation de tous les acteurs concernés, ceux qui avaient envisagé de se déclarer ne l’ont pas fait. Depuis janvier, nous entendons uniquement parler de rapprochements opérationnels, de passerelles pour mieux travailler ensemble ou mieux se connaître. Cela ne veut pas dire qu’il ne se passe rien mais personne ne sort du bois.

Nous sommes contre les fusions mais favorables à la dynamique partenariale. Toutes les actions qui vont permettre aux jeunes d’avoir plus vite accès à des offres d’emploi ne nous posent aucun problème. D’ailleurs, sur le terrain, les professionnels de Pôle emploi et des missions locales travaillent très bien.

Ce qui est fatigant pour les salariés c’est d’entendre, derrière, des financeurs ou des institutionnels qui envisagent la possibilité d’imposer ce projet de fusions.

AEF info : Dans le cadre du Plan pauvreté, l’Élysée a annoncé l’instauration d’une obligation de formation jusqu’à 18 ans, accompagnée d’une obligation, pour les missions locales, de proposer une solution. Qu’en pensez-vous ?

Jean-Michel Mourouvin :Une mission locale reçoit des jeunes de 16 à 25 ans, donc nous accueillons déjà des 16-18 ans. Nous sommes prêts à prendre notre part, mais il nous faut les moyens nécessaires. Ces jeunes ne veulent plus d’école et je ne suis pas sûr qu’ils veuillent tous de la formation. Pour les mobiliser, il faut des outils innovants, qui impliquent des moyens. Si cette obligation est mise en place, il faut pouvoir créer de l’ingénierie pour ces publics spécifiques. En outre, il faut que les collectivités jouent le jeu et proposent des vraies places de formation pour ces jeunes.

Derrière une obligation, il y a la question des sanctions. Cela nous inquiète. Nous sommes garants de la libre adhésion, pour des jeunes volontaires. Nous ne voulons pas rentrer dans des procédures de sanctions. Ce sont des personnes en rupture scolaire, très jeunes, il faut faire différemment. La force des missions locales réside dans l’accompagnement, qui doit être fait dans la confiance. Le jeune vient en mission locale car il a trouvé, avec son conseiller ou sa conseillère, un plan pour s’insérer. Si on rentre dans des mesures coercitives, cette obligation ne fonctionnera pas.

AEF info : Le Plan pauvreté prévoit aussi des expérimentations pour diversifier les opérateurs et les modalités d’utilisation de la Garantie jeunes. Y êtes-vous favorables ?

Jean-Michel Mourouvin :La Garantie jeunes a été montée pour et avec les missions locales, pour proposer un accompagnement différent. Cela nécessite une forte ingénierie : il faut mobiliser les compétences des salariés, des moyens immobiliers… Il ne suffit pas de proposer des PMSMP (Période de mise en situation en milieu professionnel) pour insérer des jeunes.

Ceux qui demandent une ouverture pensent que cela sera facile à mettre en œuvre. Je crois plutôt que cela risque de ressembler au contrat d’autonomie. Des opérateurs privés ont été payés très cher pour accompagner les jeunes mais cela n’a pas fonctionné.

Nous sommes sereins car solides. Les rapports sur la Garantie jeunes montrent bien que les missions locales remplissent cette mission, malgré des moyens qui ne sont pas à la hauteur.

OUI’FORM : " PLUTÔT INTÉRESSANT" MAIS "CE N’EST QU’UN OUTIL"

"Les conseillers qui utilisent Oui’Form trouvent que l’outil est plutôt intéressant et qu’il permet de positionner des jeunes assez facilement", explique Jean-Michel Mourouvin à propos de Oui’Form. Initialement développé par Pôle emploi en région Grand-Est, Oui’Form, l’outil a été repris par le Haut-commissariat au développement des compétences et la DGEFP, en vue d’une généralisation.

"Mais ce n’est qu’un outil, cela ne veut pas dire qu’il y a des places spécifiques pour les jeunes. Or, c’est ce que nous demandons", ajoute-t-il. Les conseillers pointent aussi "l’écueil de la double saisie" des données du demandeur d’emploi. Jean-Michel Mourouvin demande une évaluation.

Oui’Form avait suscité des craintes au sujet des jeunes qui ne sont pas inscrits à Pôle emploi. "Aujourd’hui, nous sommes obligés de passer par Pôle emploi pour inscrire les jeunes qui ne sont pas inscrits à Pôle emploi", précise Carole Picard (Synami), qui travaille en région Grand Est. "Nous remplissons une fiche navette et c’est Pôle emploi qui inscrit le jeune. Je n’ai jamais eu de retours négatifs, c’est purement administratif", indique-t-elle. Carole Picard précise que ce problème est en train d’être résolu, ce qui permettrait de faire gagner du temps aussi bien à Pôle emploi que dans les missions locales.


CFDT SYNAMI - 47/49 Rue Simon Bolivar - 75019 PARIS
Tel : 01 56 41 51 81/60
Mail : contact@synami-cfdt.org