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Accueil > Editorial > Insertion : la voie est libre !

Insertion : la voie est libre !

Par Philippe LABBE

Nous avons le plaisir de publier le texte, presque un appel, que nous a transmit Philippe Labbé pour "libérer l’insertion".
 
Nous rappelons à cette occasion sa contribution importante à l’analyse et à la définition de nos missions et nos structures :
 
 
A lire, et à commenter, sur http://mission.insertion.over-blog.org/,
 
 
Insertion : la voie est libre !
Philippe LABBÉ
 
Voilà trente ans que l’insertion a évolué de notion originale – avec très peu de références avant le rapport fondateur des missions locales de Bertrand Schwartz en 1981, L’insertion professionnelle et sociale des jeunes – à, sinon un concept, du moins un domaine et même un « champ », c’est-à-dire un espace d’enjeux et de confrontations. En trois décennies, l’insertion a évolué… et l’on ne peut pas dire qu’il faille en tout s’en réjouir !
 
En 1981, l’insertion concernait les quelques 200 000 jeunes qui, chaque année, quittaient le système de formation initiale sans diplôme ni qualification. Aujourd’hui, nous en sommes à 130 000. Amélioration ? Non car désormais l’insertion concerne la quasi-totalité d’une génération ; elle est synonyme de sas social, pour ne pas dire bizutage, et, hormis quelques dispersions marginales – rentiers, fils et filles de… -, ce sont tous les jeunes, de l’illettré au masterisé, qui désormais s’interrogent sur leurs chances et stratégies d’insertion. Certes, les mieux dotés culturellement, socialement et économiquement, franchissent plus rapidement – ou moins lentement – ce no man’s land du chômage ou ce halo de l’emploi mais c’est pour mieux subir le déclassement que les moins dotés qui, eux, survivent dans la désinsertion. La chute est d’autant plus rude que l’on est monté haut : aux diplômés le déclassement, aux non-diplômés le piétinement ou le découragement face à la file d’attente de Pôle emploi.
 
En créant les missions locales, Schwartz s’appuyait sur un principe central de l’éducation populaire ou, pour lui, permanente : les ressources sont dans les personnes. Il fallait donc laisser aux individus la possibilité de s’organiser localement – d’où le qualificatif de « locale » à « mission » - et poser quelques principes éthiques : l’indissociabilité d’abord, c’est-à-dire la nécessité de tout prendre en compte, professionnel et social, sans dissocier ni même hiérarchiser. L’écoute aussi qui n’est pas qu’une technique à saupoudrer du triptyque rogérien de l’empathie, de la congruence et de l’authenticité, mais qui signifie que l’on part du jeune et non du système. L’ouverture enfin, comprise comme celle des organisations – les missions locales – agissant auprès des jeunes mais également sur leur environnement : être acteur agissant sur le système et non agent agi par le système.
 
Ces trois principes, progressivement, « en douce » pourrait-on dire, ont fondu comme la calotte glaciaire.
 
- L’indissociabilité, traduite en termes d’approche globale, est dissociée et hiérarchisée. Humant l’air du temps surexposant l’économique, l’insertion professionnelle est devenue prioritaire, parfois même exclusive, le financement sur résultats avec l’indicateur d’accès à l’emploi fournissant un argument majeur et pragmatique. L’insertion sociale – disposer d’un logement, être en bonne santé, pouvoir se déplacer, trouver un équilibre psychique, agir comme citoyen… - est devenue le refuge – cimetière des éléphants - des anciens professionnels dont l’inéluctabilité du départ devrait résoudre leur anachronisme. Le social est une cerise sur le gâteau, une coquetterie intellectuelle accordée parcimonieusement à des professionnels décidément trop humains.
 
- L’écoute est chronométrée, toujours à « juste » raison puisque chaque conseiller doit suivre 200 ou 300 jeunes : trente minutes par entretien avec, si possible, saisie en synchrone des informations sur le logiciel Parcours 3. Imaginons-nous, parents face à nos enfants, tenter de les comprendre en leur faisant l’aumône mensuelle d’une demi-heure avec un ordinateur comme objet transitionnel ! Mais il y a plus : plutôt que partir du jeune (ses besoins, ses potentialités, son projet), on part désormais des programmes (faire entrer dans le CIVIS, inscrire en PPAE, mobiliser pour une plateforme dont la caractéristique de « vocationnelle » participe de l’illusionnisme social et sémantique le plus abouti). De la sorte, une rotation de 180° est effectuée car l’objectif est moins de répondre aux jeunes que de satisfaire les programmes… formulé différemment, il s’agit moins de porter la parole des petits aux grands que l’inverse. Pauvre éducation populaire !
 
- L’ouverture enfin… Observons comment est travaillée la question de l’insertion : à partir du jeune, exclusivement de lui. On le « diagnostique » et on lui prescrit. Sans doute possible, le jeune étant ontologiquement malade, il faut donc extirper ce qui fait problème, ses « freins à l’emploi », son « savoir-être » mal dégrossi, ses compétences inabouties… Des responsabilités de l’environnement, on ne parle pas alors que, s’agissant des entreprises, la première cause de désinsertion est bien sûr l’hyper-sélectivité du marché de l’emploi (l’armée de réserve…) et que, s’agissant des pouvoirs publics, le discours récurrent sur « la jeunesse, devoir d’avenir » s’accommode parfaitement de l’aumône communale ou intercommunale d’1,40 euro par habitant et par an (moyenne nationale) : un demi café dans le TGV, cela permet d’apprécier la sincérité des déclarations publiques avec trémolos.
 
De tels démembrement et délabrement éthiques ne sont évidemment pas sans conséquences majeures sur les acteurs, administrateurs, bénévoles et professionnels. Cela s’exprime généralement par la notion d’instrumentalisation : les conseillers, aimant pourtant leur métier, sont instrumentalisés par les directions et leurs conseils d’administration, cherchant à maintenir les emplois, qui sont instrumentalisés par les agents des politiques publiques, déclinant les injonctions de Bercy et des cabinets ministériels manifestement imperméables au social, totalement étrangers à la complexité.
 
Paraphrasant Crozier, on peut parler de « société bloquée »… qu’il faut donc débloquer. La théorie du jeu nous apprend que, face à un blocage, on peut redistribuer les cartes, modifier les règles du jeu, changer les joueurs ou arrêter la partie. On imagine mal une interruption sauf à laisser sans aide et accompagnement les 1,2 million de jeunes suivis chaque année par les missions locales : le coût social dépasserait assurément ce qui est pingrement concédé. Changer les joueurs n’est pas plus une hypothèse : autour des missions locales, on trouve toutes les composantes de la société, acteurs politiques, économiques, associatifs… qu’il faudrait cependant remobiliser. La redistribution des cartes s’impose au sens de leur donner plus d’atouts, c’est-à-dire plus de moyens : quels que soient les investissements et bonnes volontés des uns et des autres, le combat pour l’insertion ne pourra être gagné avec des moyens financiers aujourd’hui plus proches des sept ou des huit que des as. Reste à modifier les règles du jeu… avec le risque de s’en tenir à un toilettage car on ne peut reconstruire sur des fondations ébranlées : ce sont donc bien dans celles-ci qu’il faut réinjecter du sens, de la professionnalité, l’esprit de l’éducation populaire et permanente.
 
La voie tracée par Bertrand Schwartz, imprégnée d’humanisme, de bon sens et de justice sociale, a bifurqué vers une impasse dont il faut s’extraire. Celui-ci raconte que, sur la route de la libération de Paris, après le débarquement de Normandie, la progression fût stoppée par les Allemands. Leclerc eut l’idée de faire passer sur les ondes des radios ce message : « La voie est libre ». Elle ne l’était pas mais tous y allèrent… et libérèrent Paris.
La voie est donc libre.

jeudi 3 mai 2012, par synami

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